| 'Cornish Snow'. Un Williamsii obtenu par
J C Williams en 1948. Fleur simple, petite, blanc à blanc
rosé, mi-saison, buisson dressé. |
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1.
LES CAMELLIAS AVANT 1930
On a recensé jusqu’à maintenant environ 300 espèces de
camellias. On connaît bien le Camellia japonica, le Camellia
reticulata, le Camellia sasanqua. On connaît aussi le Camellia
saluenensis, le Camellia lutchuensis, le Camellia transnokoensis, le
Camellia tsaii, et évidemment le Camellia sinensis ou théier.
Généralement, les végétaux de la même espèce se
reproduisent à l’identique. Mais plusieurs espèces de camellias
ont la propriété de produire, surtout lorsqu’elles sont cultivées,
des descendants quelquefois très différents des parents : les sépales,
les étamines, ou le pistil, se transforment en pétaloïdes ou en pétales,
les feuilles changent de taille ou de forme, le port se modifie...
Ces descendants peuvent ensuite se croiser naturellement, ou
être croisés volontairement entre eux, pour produire encore
d’autres descendants différents. Sans oublier les mutations génétiques
spontanées.
La variabilité génétique et les croisements répétés
depuis plusieurs centaines d’années ont donné jusqu’à présent
des milliers de cultivars de japonica, des centaines de cultivars de
sasanqua, et des dizaines de cultivars de reticulata, sans oublier
les nombreuses variétés de thé, issus donc seulement de fécondations
ou de mutations à l’intérieur d’une seule et même espèce.
L’hybridation, c’est-à-dire la fécondation d’une espèce
par une autre, est rare dans la nature et chez les camellias.
C’est le cas probablement du Camellia hiemalis et du Camellia
vernalis, considérés comme hybrides naturels de sasanqua x
japonica, et c’est peut-être aussi le cas de quelques cultivars
de reticulata. Mais ces cas restent des exceptions.
Jusque
dans les années 1930, les camellias cultivés étaient donc, pour
la plupart, des croisements ou des mutations soit de japonica seul,
soit de sasanqua seul, soit de reticulata seul, sans hybridation,
ou, pour un très petit nombre, des hybrides naturels, alors que
l’hybridation avait été largement utilisée depuis longtemps déjà
pour d’autres végétaux, les roses par exemple.
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'Bow Bells'. 1954. Semi-double en cloche,
rose clair à rose vif, mi-saison, parfumé, pleureur avec
l'âge. |
2.
“LA REVOLUTION DE 1930”
C’est le botaniste anglais George Forrest, subventionné
par les Jardins Botaniques d’Edimbourg et quelques propriétaires
privés, qui, le premier, à quatre reprises entre 1917 et 1925,
ramena de la vallée de la rivière Saluen, dans la région chinoise
du Yunnan, jusqu’en Grande-Bretagne, des graines de Camellia
saluenensis, découvert peu avant.
Le Camellia saluenensis n’est pas un camellia
spectaculaire. La fleur, toujours simple, à 6 ou 7 pétales, est
plutôt modeste. Elle s’ouvre à plat ou en entonnoir. Elle est
rarement blanche, quelquefois rose clair, souvent rose soutenu, et a
des anthères crème clair à jaune orangé foncé.
Les feuilles sont allongées, petites, coriaces, vert foncé,
et ont un réseau de nervures en creux. Le port est buissonnant, la
croissance plutôt lente. Mais le Camellia saluenensis fleurit
abondamment et longtemps, souvent dès la troisième ou quatrième
année, quelquefois même avant, il tolère les sols peu acides, il
supporte des expositions variées, de l’ombre au plein soleil, et
résiste bien au froid.
Forrest
distribua certaines de ces graines à plusieurs de ses mécènes :
les unes à John Charles Williams (Caerhays), d’autres à George
Johnstone (Trewithen), d’autres au colonel Stevenson Clarke (Borde
Hill), et d’autres à Edmond de Rothschild (Exbury).
Les semis produisirent des plants aux fleurs aussi variées
en coloris que dans la nature, du rose très clair au rose foncé,
mais tout aussi modestes. On s’aperçut cependant que saluenensis,
même en Grande-Bretagne, était particulièrement résistant, et
fleurissait et produisait des graines quelquefois deux ans
seulement après la germination, ce qui raccourcissait de beaucoup
le cycle d’obtention de nouveaux cultivars par rapport au japonica,
et en faisait une plante mère idéale pour l’hybridation.
Vers 1923, J.C. Williams féconda les pistils de fleurs rose
clair de saluenensis par du pollen de japonica blanc, probablement
‘Alba Simplex’. ‘J.C. Williams’ fut un des produits de cette
première hybridation (il ne fut rendu public qu’en 1940). ‘St
Ewe’, ‘November Pink’, ‘Charles Michael’, ‘Mary
Christian’ (dont l’appartenance à saluenensis reste quand même
douteuse) résultèrent aussi de cette première série
d’hybridations, qui utilisa comme pères des japonica
principalement à fleurs simples.
Probablement en 1928, Walter Fleming, jardinier du colonel
Clarke, obtint ‘Donation’ de la pollinisation de saluenensis à
fleurs rose clair par ‘Masayoshi / Donckelaeri’ (obtention publiée
seulement en 1941). En 1935, C.F.Coates obtint ‘C.F.Coates’ de
la pollinisation de saluenensis par ‘Kingyo-tsubaki’.
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| 'J.C Williams' obtenu par J.C Williams en
1940. Fleur simple, moyenne, rose tendre nuancé, h^tif à
mi-saison, port dressé |
'Brigadoon' 1962. Fleur semi-double,
grande, rose clair lumineux, mi-saison, port dressé et
compact. |
On s’aperçut rapidement que ces hybrides combinaient les
grandes fleurs et le feuillage des japonica avec l’élégance,
l’originalité, la floraison longue et abondante, et la résistance
au froid, du saluenensis. Ils commençaient leur mise en boutons un
mois plus tôt que les japonica, fleurissaient généralement
plusieurs semaines avant la majorité des japonica, et laissaient
souvent tomber leurs fleurs avant qu’elles fanent.
Dans le même temps, d’autres hybridations furent réalisées.
Lord Aberconway obtint en 1933 ‘Citation’ de la pollinisation
inverse d’un japonica par saluenensis. En 1936, le colonel Clarke
obtint ‘Salutation’ de la pollinisation de saluenensis par le
reticulata ‘Captain Rawes’. Avant 1939, J.C.Williams encore
obtint ‘Cornish Snow’, ‘Michael’, et ‘Winton’ de
l’hybridation de saluenensis avec cuspidata.
Dès les années 1940, on donna aux hybrides de saluenensis
avec japonica le surnom de “williamsii”, en l’honneur de J. C.
Williams, surnom qui fut même élevé au rang de nouvelle espèce :
Camellia
x williamsii. Lord Aberconway, président de la RHS, en fit la
promotion.
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| 'E.G Waterhouse' 1946. Fleur imbriquée,
moyenne, rose lumineux, mi-saison, port érigé. |
'Waterlily' 1967. Fleur imbriquée,
moyenne à grande, rose lumineux, mi-saison à tardif. |
Ces hybrides, surtout ceux de saluenensis, constituèrent une
révolution dans l’histoire des camellias. Après la guerre, un
peu partout, et surtout en Nouvelle-Zélande (Les et Félix Jury),
en Australie (E.G. Waterhouse), et aux Etats-Unis, particulièrement
en Californie (Nuccio), des amateurs et des professionnels se mirent
à hybrider saluenensis (mère) avec japonica (père), et
inversement mais moins fréquemment japonica (mère) avec
saluenensis (père).
Ces hybridations se firent d’abord plutôt au hasard, puis
furent planifiées pour rechercher de nouvelles formes de fleurs (péoniformes,
imbriquées, ...), ou de nouvelles couleurs (rose vif, rouge , rouge
violacé, rouge foncé, ...), tout en conservant les bénéfices de
l’hybridation avec saluenensis.
Au sens strict, l’appellation “williamsii”
s’applique aux hybrides issus de la pollinisation de saluenensis
par japonica (1/2 saluenensis mère, 1/2 japonica père), mais on
l’a étendue aux hybrides de japonica par saluenensis (1/2
japonica mère, 1/2 saluenensis père), et aux descendants de 2ème
génération (1/4 saluenensis), et même de 3ème génération(1/8
saluenensis).
3.
LES “WILLIAMSII” EN BRETAGNE
L’obtention de nouvelles variétés de camellias hybrides
williamsii a été principalement, et jusqu’à maintenant, une
affaire anglo-saxonne (Grande-Bretagne, Nouvelle-Zélande,
Australie, Etats-Unis). Mais les amateurs et les pépiniéristes
bretons se sont intéressés très tôt à ces nouveautés pour les
posséder et les multiplier.
Dès 1963, les pépinières Thoby introduisirent
‘Salutation’ et ‘Donation’.
Au milieu des années 1960, Pierre Rohou, agent commercial
chez Kerisnel, découvrit les nouveaux hybrides williamsii en
Cornouaille britannique. Les premiers plants furent achetés chez
Treseder à Truro en 1967, et d’autres visites et achats à
Caerhays, à Trewithen, aux pépinières Carlyon,
Trehane (revendeurs des produits des pépinières Jury en
Nouvelle-Zélande), ...,
enrichirent les collections de Kerisnel, qui proposaient dans leur
catalogue de 1975 : ‘Beatrice Mikaël’, ‘Caerhays’,
‘Charles Mikaël’, ‘Debbie’, ‘Donation’, ‘George
Blandford’, ‘Inspiration’, ‘J.C. Williams’, ‘John
Pickthorn’, ‘Mary Jobson’, ‘Mary Larcom’, ‘November Pink’,
et ‘St Ewe’.
Les pépinières Thoby firent venir de Kerisnel en 1970
‘Inspiration’, ‘St Ewe’, ‘Beatrice Mikaël’, ‘Caerhays’,
‘John Pickthorn’, et revendirent en provenance des pépinières
Trehane, à partir de 1973, 1974, et 1975, ‘Anticipation’,
Brigadoon’, ‘Charles Mikaël’, ‘Crinkles’, ‘Debbie’,
E.G. Waterhouse’, ‘J.C. Williams’, ‘Mary Christian’,
‘Bowen Bryant’, ‘Elegant Beauty’, ‘Elsie Jury’,
‘Francis Hanger’, ‘Sayonara’, et ‘Gay Time’.
Dès 1971-1972, les pépinières Stervinou firent venir des
pieds-mères de chez Trehane et de Jersey, et proposaient à partir
de 1975 ‘Anticipation’, ‘Brigadoon’, ‘Donation’,
‘Elsie Jury’, ‘St Ewe’.
Vers 1975, les pépinières Cueff commencèrent la production
de williamsii à partir de boutures obtenues chez les Carmélites du
Relecq-Kerhuon (près de Brest), qui étaient en contact avec des
Carmels australiens, néo-zélandais et américains, et faisaient de
l’horticulture, et à partir de plants importés de Nouvelle-Zélande
et transitant par la Sica de Kerisnel. Les premières productions
furent ‘Anticipation’, ‘Debbie’, ‘Donation’, ‘Elsie
Jury’, ‘Freedom Bell’.
Les pépinières Le Verge commencèrent leur production de
williamsii à partir des années 1980, avec des plants provenant du
Carmel du Relecq-Kerhuon également, et des pépinières Cueff, et
proposèrent pour débuter ‘Anticipation’, ‘Brian’, ‘Brigadoon’,
‘Daintiness’, ‘Debbie’, ‘Elsie Jury’, et ‘St Ewe’.
C’est aussi vers 1980 que les pépinières Lemaitre commencèrent
la production de williamsii.
D’autre part, il ne faut pas oublier que les amateurs,
souvent en avance sur les professionnels, et souvent plus curieux de
nouveautés, possédèrent très tôt dans leurs jardins des
hybrides de toutes provenances.
Aujourd’hui, après des années de productions importantes
en nombre de plants et en nombre de variétés, les pépiniéristes
bretons, en général, sont plus réservés sur les hybrides
williamsii.
Une fois formés, ils poussent bien chez les amateurs et sont
généralement sans problèmes. (On estime que les fleurs rouges,
surtout rouge foncé, sont moins sensibles au froid.)
Mais ils demandent plus de taille et plus de soins en pépinière,
ils sont plus difficiles et plus longs à former, et sont stockés
pendant plus longtemps avant la vente (jusqu’à 2 fois plus
longtemps que la moyenne des japonica). En pépinière également,
leur fertilisation est plus délicate, et ils sont plus fragiles et
plus sensibles aux maladies (au Die Back en particulier).
Pour ces raisons, plusieurs pépiniéristes ne proposent
qu’un choix volontairement limité,
et , ceux qui produisent un nombre important de variétés ne les
proposent pas toutes avec la même abondance ni de façon régulière.
Il
n’y a quand même pas restriction! On peut trouver chez les pépiniéristes
bretons, plus ou moins régulièrement
une centaine de cultivars, dont une quinzaine régulièrement
chez presque tous.
Sources :
-
Jennifer Trehane : “Camellias” (1998)
-
Jennifer Trehane : article dans ICS 1999
-
Herb Short : article dans ICS 2004
-
article de A. Edgar Logan
-
article de Edward Hyams et Neil Treseder
-
article de E. B. Anderson
-
article de Claude Chidamian
-
Stirling Macoboy : “What camellia is that?” (1998)
-
International Camellia Register
-
des pépiniéristes de Bretagne (Cueff, A. Goarant, P. Goarant,
Ladan, Lemaitre, Le Verge, Mercier, H. Roué, Roué-Cadiou,
Stervinou, Thoby)
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