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Et
s'il s'agissait d'une tromperie scientifique?
Parmi les documents analysés, il existe certaines
omissions, volontaires ou non et des zones d'ombre.
Ainsi, tous les auteurs font l ’impasse sur
les additifs contenus dans les plastiques, en particulier pour le PE.
Ces additifs sont indispensables à la fabrication, à l'extrusion, à
l'obtention des propriétés finales du produit. Ce sont les
plastifiants, lubrifiants, stabilisants, colorants, peroxydants,
charges, etc. Certains sont toxiques comme les additifs de pré-oxydation
(quelques-uns contiennent du Ni), les plastifiants, les colorants.
Or, lors des phénomènes de dégradation ces produits sont libérés
dans le milieu et peuvent aboutir à des manifestations de toxicité
ou d'inhibition des micro organismes. Ainsi, des essais réalisés
dans le cadre d'un projet européen sur des plastiques additivés par
des peroxydants ou de l'amidon ont montré des effets inhibiteurs. Les
auteurs font aussi l'impasse sur l'éventuelle bio-dégradation de ces
additifs avec l'éventuelle production de sous-produits toxiques.
Enfin, ils ne parlent pas de l ’accumulation
de ces produits dans les sols ou les composts, et de leurs effets néfastes,
inconnus ou imprévisibles. En effet, ces produits et les micro
fragments de PE sont toujours présents dans le sol ou les composts,
et on ne connaît pas leur impact sur l ’environnement
après accumulation (pollution lente et invisible, séquelles sur
la mécanique et la physico chimie du sol).
De plus, ces produits dits "biodégradables"
qui sont destinés à être dégradés dans la nature (agriculture,
compost) sont testés selon des essais et des méthodes qui ne
simulent pas du tout cet environnement. Dans les pré-traitements,
des températures de 90 à 100°C pendant plusieurs semaines sont
appliquées aux échantillons. Ces chocs thermiques n'existent pas
dans les conditions normales de l'agriculture, même sous les climats
les plus chauds. Seule une température de 55°C simulerait des
conditions de compostage. Il en est de même de l'exposition aux UV:
spécifiquement les films agricoles y sont exposés pendant peu de
temps, car la végétation recouvre rapidement le film de paillage et
le protège à la fois des UV et de la chaleur. En outre, la partie
enterrée du film de paillage est protégée dès sa pose et ne voit
jamais les UV ni la chaleur. Or, cette partie représente 30 à 50% du
film. Alors, quelle sera sa biodégradation et son comportement dans
le sol ?
Des auteurs font aussi des essais de biodégradabilité
sur la partie extractible à l'acétone (résidus après évaporation
du solvant). uniquement. De tels solvants n'existent pas dans la
nature et on ne voit pas pourquoi ce solvant a été choisi plutôt
qu'un autre.
Les tests respirométriques effectués pour mesurer
la biodégradabilité ne sont pas conformes aux normes habituelles
existantes, et, de ce fait, les résultats ne sont pas comparables
avec d ’autres. Chaque laboratoire a utilisé sa propre méthode.
A notre avis, ces tests sont entachés de larges
erreurs, de manque de reproductibilité et d ’irrégularités,
vu les très faibles concentrations de matériaux testés et de
production de CO2.
Là encore les mesures sont à la limite des seuils de détection des
appareillages. Certains auteurs parlent de production de CO2
sans donner les quantités…Un autre arrive à réaliser des tests de
respirométrie dans des sols reconstitués en laboratoire en les
maintenant à 60°C. Or, à cette température, une grande partie des
micro organismes sont détruits par la chaleur, le sol ne contenant
pas ou peu de micro flore thermophile. De telles températures de sol
sont très rares dans la nature (voir plus haut). Dans une autre expérience
de longue durée un auteur procède à une ré-inoculation au bout de
5 mois pour relancer la réaction. Cette ré-inoculation démontre que
les micro organismes sont morts par épuisement des ressources
disponibles, ou ont été détruits, probablement par le relarguage
des additifs ou par une erreur de conception dans le protocole, ou
pour d'autres raisons. Cette destruction n'est pas normale et l'auteur
n'avance aucune explication. Ces 2 expériences semblent assez
douteuses quant à leur objectivité scientifique. En outre et d'une
façon générale, les tests sont réalisés sans mesure de la
population microbienne, ni au début ni à la fin (alors qu'un simple
comptage des unités formant colonies est suffisant). Enfin, et c'est
une énorme lacune, les bilans en C (ou une approximation de ces
bilans), l'analyse élémentaire et la composition des matériaux est
rarement explicite. Comment dans ce cas vérifier si l'expérience est
pertinente ou non ? Comment vérifier si le carbone dégagé provient
du PE et non de ses additifs (dont on a vu plus haut que la dose peut
aller jusqu'à 20%) ? Tout cela n'est pas précisé dans les
publications référencées.
Plus grave encore, d'autres incohérences figurent
dans les publications. On apprend ainsi que les produits de dégradation
du PE, par une succession de transformations biochimiques contribuent
à la fertilité des sols en produisant des éléments humiques ou de
la biomasse.
Comment est-il possible d'aboutir à de telles
affirmations alors que la re-condensation en humus des produits de dégradation
du PE n ’a jamais été démontrée ? Doit-on comprendre que le
PE va donner de l'humus ? Jusqu'à nouvel ordre l'humus provient de la
biodégradation des lignines et tanins contenant des groupements
chimiques aromatiques totalement absents du PE.
Les résultats sont aussi exploités par certains
d'une manière parfois sujette à caution. Ainsi, la fraction oxydo dégradée
(par les UV et la chaleur) est de 50µg/100mg/an (50g/100kg/an), et
c'est cette fraction qui est biodégradable de 25 à 60% (et non la
totalité du matériau, comme le laisserait entendre l'article!).
Donc, le coefficient de biodégradation par rapport à la matière
initiale est de l ’ordre de 5.10-5, soit 500 ppm/an.
Cette très faible quantité n ’a jamais été mesurée, mais
estimée. Il faudrait donc plusieurs milliers d'années pour dégrader
un matériau dans ces conditions. Les coefficients les plus optimistes
donnent 3 %/an et 60% pour les publications les plus récentes.
Et c'est là que les choses sont les plus étranges: comment
se fait il que, en l'espace de quelques années, le coefficient de
biodégradation du PE soit passé au fil des publications de quelques
centaines de ppm/an à 3% et puis brutalement à plus 60% ? Ce
fait n'est pas discuté dans ces 2 récentes publications.
Encore plus surprenant, ces tests n'ont jamais fait
l'objet d'essais circulaires, ni été validés par d'autres
laboratoires. Des essais circulaires réalisés dans le cadre d'un
projet européen, ont au contraire démontré l'absence de biodégradabilité
des PE additivés (peroxydant, amidon) quelles que soient les méthodes
de mesures. Par contre, un test d'enfouissement dans un sol agricole
montre une fragmentation totale au bout de 11 mois.
D'autre part, la masse moléculaire limite pour être
dégradée par les micro-organismes est au maximum de 500 (C<30).
Ce niveau est reconnu par tous les biologistes. Mais en fait la dégradation
doit aboutir à des niveaux inférieurs, car pour être assimilables
les molécules doivent être réduites à l'état d'oses, d'acides
gras et d'acides aminés. Néanmoins, les publications citées en référence
considèrent qu'à partir de 10 000 les molécules sont
assimilables... car la réduction de masses molaires s'arrête là par
le processus de peroxydation.
Par ailleurs, une impasse quasi-totale est faite sur
la réticulation des chaînes de PE par les peroxydes, ainsi que le
devenir de ces agrégats macromoléculaires lors de la biodégradation.
Ce sont là des erreurs qui nous semblent assez graves; elles
pourraient aboutir à de la désinformation.
Aucun des auteurs ne
donne une définition de la biodégradabilité, sauf un. Pour d ’autres,
la biodégradation se résume à l ’étude des pertes de masses
moléculaires, à l ’étude des érosions de surface et autres
altérations de propriétés physiques. En dépit de nombreuses normes
fixant la terminologie, il y a là un risque sérieux de galvaudage et
de détournement du vocabulaire.
Finalement, les auteurs étudiés paraissent s'être
trompés d ’objectif: ils ont recherché des phénomènes
classiques de vieillissement artificiel, qu'ils ont estimé être de
la biodégradation.
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