Le Cèdre

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Cedrus libani ssp. atlantica ’Glauca pendula’
photographié par Anne à l’arboretum de la vallée aux loups, à Chatenay-Malabry ( 92 )

Le Cèdre, du latin cedrus ; du grec kedros d’où dérive l’araméen qatros ou qadros. En hébreu, érez (plur. arazim/arzé).
C’est un arbre robuste et majestueux, haut et élancé, au bois dur et odorant, durable, feuillage persistant. Arbre noble et emblématique auquel sont associés symboles, métaphores et paraboles[1].
Le Cèdre est un conifère apparenté à la famille des Pinacées. Le genre Cedrus comprend 4 espèces de conifères :
a) C. atlantica ou Cèdre de l’Atlas ; il s’agit des Cèdres de la région du Moyen Atlas, qui portent « leurs ramures étagées comme les gradins d’une immense architecture végétale » (J. et J. Tharaud). Leurs troncs atteignent 5 ou 6 mètres de tour. Ces cédraies, de mon temps, étaient prisées par les scouts, l’été, pour leurs campements. C’est avec le Cèdre d’Azrou, il y a près d’un millénaire, qu’ont été construites les cités de Fès, Marrakech, Rabat-Salé ; les bois destinés à Marrakech étaient transportés par flottage sur le fleuve Oum-er-Rbia jusqu’à Dar Ould Zidouh ;
b) C. brevifolia ou Cèdre de Chypre ;
c) C. deodora ou Cèdre de l’Himalaya ;
d) C. libani ou Cèdre du Liban fera l’objet de cette étude : Érez halébanon, Arzé halébanon.
L’occurrence érez figure dans la Bible hébraïque 70 fois. Le terme Érez, stricto sensu, est le Cedrus et, lato sensu, il ne désigne pas seulement le Cedrus, mais toutes sortes d’arbres qui ne produisent pas de fruits comestibles [2].
La plupart des occurrences et des descriptions des versets bibliques concernent le Cèdre du Liban, les textes opérant, semble-t-il, une distinction entre ce dernier et les autres espèces, car le Cèdre du Liban, arbre légendaire, est le plus fort, le plus considérable et le plus recherché [3].

[1] Cf. Description du Cèdre : Isaïe 2 : 13 ; description et allégorie du Cèdre : Ezéchiel 17 : 1-10 et 22-24, tout le chapitre 31 ; Amos 2 : 9 ; Cantique des Cantiques 5 : 15 : « Ses jambes sont des colonnes de marbre fixées sur des socles d’or ; son aspect est celui du Liban, superbe comme les Cèdres » (Rabbinat français) ; d’autres ont traduit cette expression par : « il est élu comme les Cèdres » (Chouraqui) ; « distingué comme des Cèdres » (Osty) ; seul le commentaire en hébreu de Da’at Miqra, sur ce verset, souligne que le Cèdre symbolise la notion de haute stature.

[2] Psaumes 148 : 9 ; le psalmiste désigne dans ce verset tous les arbres, que ce soit les arbres fruitiers ou les arbres d’ornement ; les « Cèdres » du verset font allusion aux arbres qui ne produisent pas des fruits comestibles.

[3] Psaumes 29 :5 – « La voix de Yahvé brise les Cèdres, Yahvé brise les Cèdres du Liban


Le terme Liban, Lébanon en hébreu, désigne le pays éponyme. Poétiquement il désigne :
- le Temple où brûlait en permanence le bois du Cèdre sur l’autel des sacrifices ;
- Jérusalem, résidence du Temple ;
- Erets Israël, le pays d’Israël ;
- par extension, le peuple d’Israël.
Certains exégètes pensent que par Lébanon il faut comprendre :
- « tous les arbres de la terre » (Ibn Ezra) ;
- le « nom d’une forêt de Cèdres en Israël » (Radaq) ;
- le nom d’une colline, Lébanon étant cité, dans un verset, en même temps que la colline de Sirion, nom que les Sidoniens ont donné au mont Hermon, au sud-est de l’Anti-Liban [4].
Le psalmiste nomme les Cèdres du Liban « les Cèdres de Dieu », car d’une telle stature et majesté que, seul, Dieu peut les planter et les faire croître [5]. Il les surnomme aussi « les Arbres de Yahvé », formule dont l’énoncé est employé une seule fois dans la Bible. Ce sont des arbres dont la magnificence est telle que seul Yahvé paraît capable de les planter et de les faire croître [6].
Le Cèdre fait partie des divers matériaux qui ont servi à l’édification des demeures saintes : le Tabernacle dans le désert, le premier Temple de Jérusalem, le deuxième Temple, et, le moment venu, le troisième et dernier Temple à l’époque messianique.
Le roi David l’a utilisé pour son palais, et le roi Salomon pour sa « maison de la Forêt du Liban ».
Le Cèdre servait aussi à d’autres usages :
- fabrication de statues pour les cultes idolâtres ;
- les mâts des bateaux [7] ;
- élévation des palais et des monuments chez les peuples anciens.
La littérature grecque signale la construction de bateaux en bois de Cèdre ; de ce bois, on tirait des substances balsamiques pour l’embaumement des cadavres, et, de son huile, des essences parfumées.

[4] Deutéronome 3 : 9 ; Psaumes 29 :6.

[5] Psaumes 80 : 11 ; cf. La bible Osty, p. 1230.

[6] Psaumes 104 : 16 ; cf. La bible Osty, p. 1246.

[7] Dans l’ordre : Isaïe 44 : 9-20 et Ezéchiel 27, 5.


_ Voici quelques passages du Talmud qui illustrent l’importance du Cèdre :
1 - Il était de tradition de planter un Cèdre à la naissance d’un garçon, un Pin pour une fille. Le bois servait plus tard au dais de la noce. De fait, le Cèdre dont il s’agit était un Cupressus à croissance rapide[8].
2 - Les cônes du Cèdre, istérobalin en hébreu, étaient recherchés par les idolâtres pour leur culte [9].
3 - C’est l’anecdote d’un Cèdre étendu sur le sol. Sur son tronc, dans le sens de la largeur, l’on pouvait aligner, les unes derrière les autres, 16 charrettes [10].
4 - Deux Cèdres magnifiques et gigantesques se dressaient sur le Mont des Oliviers. Sous l’un d’eux s’abritaient 4 magasins. De l’autre, on retirait tous les mois des oisillons d’un poids de 520 litres ou 5760 œufs. De leur bois, on pouvait fournir à tout Israël de quoi préparer des poteaux, des pieux, des cannes et autres perches [11].

Pour clore cette partie, je mentionne seulement pour mémoire deux lois de la Tora, où l’usage du bois de Cèdre jouait le rôle d’un adjuvant :
a- Le cas de la purification du lépreux ;
b- Le cas de la vache rousse [12].

[8]Babli Guittin 57 a.

[9]Babli Aboda Zara 14 a.

[10]Babli Békhorot 57, b.

[11]Talmud de Jérusalem, Traité Taaniyot, ch. 4, folio 69 colonne 1. Le Talmud de Jérusalem est moins populaire que le Talmud de Babylone, en raison de son vocabulaire difficile et hermétique.

[12]Dans l’ordre : Lévitique 14 : 4.6 ; Nombres 19 : 2seq. – dans ce dernier cas, le texte de la Tora ne fait pas allusion au Cèdre. C’est un passage du Talmud qui en parle : Mishna Para 3, 8.

Au troisième jour de la Création, la terre exécute elle-même l’ordre divin de « produire de la verdure, de l’herbe portant semence, des arbres fruitiers donnant, selon leur espèce, des fruits qui ont en eux leur semence. » Pour le chanoine Osty, c’est l’œuvre d’ornementation du règne végétal qui commence [13]. C’est qu’au tout départ de la création d’un jardin il faut un projet, explique un ancien texte, ajoutant « qu’avant même qu’il soit formé en sa matrice, il faut projeter ses directions » [14].
Lors de la création, les arbres d’ornement produisaient des fruits bons à la consommation, tout comme les arbres fruitiers. Cependant, après la faute d’Adam, ces arbres ne donnaient plus de fruits à manger. Au départ, les arbres créés étaient grands, beaux, en un mot ils avaient la forme et la taille que nous leur connaissons à l’âge adulte. Adam le premier homme, à sa création, avait la stature d’un jeune homme de vingt ans.
_ La création de l’Eden était selon toute vraisemblance le couronnement des travaux du troisième jour. Un verset dit que Yahvé Dieu planta un jardin en Eden où Il « fit pousser du sol toute sorte d’arbres désirables à voir et bons à manger », ce, sans les nommer par leurs noms, mais tout en précisant le nom de deux arbres, dont la consommation de leurs les fruits restait interdite à l’homme : « l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du bien et du mal » [15].
Dans le jardin d’Eden, il y avait huit cent mille espèces d’arbres, dont le plus petit dépassait en beauté tout ce qui poussait ailleurs.

Dans l’allégorie du Cèdre, le prophète Ezéchiel nous indique que parmi « les arbres désirables à voir », il y avait le Cèdre, Érez, le Cyprès, Bérosh, le Châtaignier, ‘Armon [16].
Le Psalmiste parle des « Cèdres du Liban » que Dieu a plantés et il les qualifie de « Cèdres de Dieu » [17]. Ceci nous rappelle la parabole de Balaam à la vue des tentes d’Israël : « Comme torrents déferlant, comme jardins sur le fleuve, comme Aloès plantés par Yahvé, comme Cèdres sur les eaux ! » (Chouraqui) [18]. J’ai souligné à dessein torrents, Aloès et Cèdres, correspondant à : Néhalim, Ahalim, Arazim. Un spécialiste de la Bible voit dans Néhalim l’arabe nékhla qui veut dire Palmiers-Dattiers. Le verset précise que c’est bien Yahvé qui a planté ces trois arbres, pour nous enseigner leur longévité, leur enracinement profond dans la terre, leur grande taille et leur beauté [19].

[13] Genèse 1 : 11-12 ; cf. La bible Osty, p. 36.

[14] Midrash Rabba, Tome I Genèse Rabba, traduit de l’hébreu par Bernard Maruani et Albert Cohen-Arazi, Verdier, 1987, p. 78 seq.

[15]Genèse 2 : 8-9.

[16]Ezéchiel 31 : 8-9 et 16.

[17]Psaumes 80 :11 et 104 : 16

[18]Nombres 24 : 6.

[19]Cf. Isaïe 61 : 3 et Daniel 11 : 45.


Les exégètes de la tradition hébraïque font une distinction entre « les Cèdres du Liban » et les autres espèces de Cèdres. Dieu a planté les Cèdres du Liban dans le jardin d’Eden. Il les a plantés, et non créés, car ils étaient déjà là. Le Cèdre du Liban est par excellence l’arbre du Jardin d’Eden. Dans l’une de ses visions, Daniel regardait un arbre puissant, dont « la hauteur atteignit le ciel et on le voyait jusqu’aux extrémités la terre » [20]. Cette description de l’arbre « tout puissant » est analogue à celle du « Cèdre du Liban » du Psalmiste et du prophète Ezéchiel, dont la cime est portée « jusqu’au milieu des nuages » [21].
Les Cèdres qui ont servi à la fabrication du Temple venaient du Liban. L’identification du « Liban » avec le Temple est classique, notamment à partir d’un verset de la Torah dans lequel Moïse supplie Yahvé : « Daigne donc me laisser passer, que je voie le bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne et le Liban » [22]. Le monde ne méritait pas d’avoir l’usage du Cèdre du Liban, car il n’a été créé que pour les besoins du Temple seulement.
De l’étude de plusieurs sources, il apparait qu’il y a vingt-quatre espèces de Cèdres, dont les meilleures sont au nombre de sept d’après un verset d’Isaïe : « Je placerai dans le désert le Cèdre, l’Acacia, le Myrte et l’Olivier sauvage. Je mettrai dans la steppe le Cyprès, l’Orne et le Buis tous ensemble. » [23] A ces sept arbres, trois autres espèces ont été ajoutées : Alonim, ‘Armonim et Almougim. Alonim, les Chênes, ‘Armonim, les Châtaigniers, Almougim, l’Aloès. [24] En tout dix espèces.
Dans le texte cité en exergue, le Psalmiste évoque à la fois, à propos du juste, l’image du Palmier et celle du Cèdre. Pourquoi ? Le Palmier donne des fruits comestibles et ce n’est pas le cas du Cèdre. Le Palmier, dépourvu du cambium, ne se régénère pas une fois son stipe coupé, contrairement à la plupart des autres arbres. Ce n’est pas le cas du Cèdre, dont le tronc repousse après être sectionné. C’est pour souligner sa capacité à se régénérer et l’œuvre fructueuse du juste que le verset l’a associé à la fois au Palmier et au Cèdre [25]. Autrement, le juste n’aurait pas eu droit à la résurrection ni à aucune récompense pour ses bonnes actions (Rachi) ; ou bien, il ne se relèverait pas de sa chute et son enseignement resterait lettre morte (Rachbam, Baba Batra 80 b).

[20]Daniel 4 :7.

[21]Psaumes 104 :16 ; Ezéchiel 31 : 10 ;

[22]Deutéronome 3 :25.

[23]Isaïe 41 :19 ; Isaïe 60 :13 : « La gloire du Liban affluera chez toi, Cyprès, Orme et Buis, tous ses bois ensemble, pour orner le lieu de mon sanctuaire, pour honorer l’endroit où reposent mes pieds ».

[24]Chênes, Isaïe 2 : 13 ; Châtaigniers, Ezéchiel 31, 8 ; Aloès, I Rois 10 : 11-12 – sur la nature du bois d’Almougim aucun accord entre les spécialistes (Osty p. 679).

[25] Babli Traité Taanit 25 a et b, traduit de l’hébreu de l’édition Steinsaltz, par le Rabbin Jean-Jacques Gugenheim et le Rabbin Jacquot Grunewald, Éditions Ramsay, 1995, p. 249-250.

Joseph DADIA

Le 15 novembre 2009